Rappel (d’après l’article du Journal Le Monde du 25/02/2013) : Le 11 mars 2009, la direction du fabricant allemand de pneus Continental annonce la fermeture du site de Clairoix dans l’Oise. Leur usine est implantée à Clairoix depuis 1934. Pour les 1120 salariés de Clairoix, l’événement est forcément mal vécu. Pour deux raisons principales : les licenciements et le sentiment de trahison puisque dans un marché de dupes avec la direction, contre le retour aux 40 heures, les salariés avaient obtenu la promesse d’un emploi jusqu’en 2012. Les salariés s’engagent alors dans un long et exemplaire combat afin d’obtenir de la direction, des dommages et intérêts pour absence de motif économique à leur licenciement, et aussi, la condamnation de Continental France et de sa maison mère allemande, qu’ils estiment avoir été leurs coemployeurs.

C’est ce combat des 1120 salariés qu’a filmé Jérôme Palteau et intitulé « LA SAGA DES CONTI ». Les salariés se battent pour faire valoir leurs droits. Un conflit d’un genre nouveau, très violent parfois, faisant fi des schémas syndicaux habituels. Ils allèrent jusqu’à saccager la sous-préfecture de Compiègne.

Jérôme Palteau a filmé cette lutte de l’intérieur, au plus près, s’immisçant dans les manifestations, les réunions, les occupations, les négociations. Partageant les instants de joie et les accès de colère, les espoirs et les désillusions ainsi que les grands moments de fraternité. Il est aussi allé avec eux à Hanovre pour l’assemblée générale des actionnaires.

Tenaces, solidaires et déterminés, les « Conti » vont finalement faire plier la direction de Continental, obtenir indemnités, reconversions et accompagnement. Le tribunal administratif d’Amiens a même estimé que le licenciement des 22 représentants du personnel n’était pas justifié par « la nécessité de sauvegarder la compétitivité de Continental France d’une menace réelle et durable ». Le tribunal a donc décidé que « l’autorisation de licenciement pour ces 22 salariés dits protégés devait être annulée ». Ainsi les délégués disposèrent de 2 mois pour faire une demande de réintégration, que l’entreprise a eu l’obligation d’accepter. Au total le plan social aura finalement coûté plus de 200 millions d’Euros au manufacturier allemand. « Et c’est encore rentable de faire ça ! » S’étonne un des leaders du mouvement.

Reste que l’usine est fermée. La direction devra proposer à ceux qui doivent être réintégrés des postes identiques ou équivalents dans un autre site. Sarreguemines (Moselle) est le seul site restant en France. Sur l’ensemble des salariés licenciés : 588 sont en CDI ou CDD de plus de 6 mois, ou en création d’entreprise (70% des entreprises créés ont déjà mis la clé sous la porte) ; 108 en formation ; 115 dans une autre situation (retraite, projet personnel, invalidité…) ; 202 avaient été radiés du dispositif d’accompagnement pour cause « d’inactivité » pour retrouver du travail ; resteraient 100 personnes encore « en recherche » et accompagnées par le cabinet de reclassement. 2 autres chiffres font partie du bilan pour les syndicats : 256 divorces depuis la fermeture du site, et 2 suicides. Ainsi, selon les syndicats, près de la moitié des anciens salariés de l’usine Continental de Clairoix se retrouvent sans emploi depuis sa fermeture en mars 2009.