Et si on fermait la bourse.

Frédéric Lordon, le Monde Diplomatique février 2010.

L'OCDE évalue à 11400 Mrds $ les sommes mobilisées pour le sauvetage récent des banques, soit 1676$ pas humain.

La finance actionnariale campe à l'année sur le dos des entreprises, et in fine sur celui des salariés. Les injonctions à la rentabilité sont implacablement converties en minimisation des coûts salariaux. Plus rien dans les structures du capitalisme ne retient les extravagantes demandes de rentabilité. Pourtant il existe des propositions : le SLAM @voir LMD du 2/07, l'abolition de la cotation en continu, fixing pluritrimestriel, fermer la bourse. Cela surprend dans le discours ambiant, pourtant il suffit de mettre en regard les bénéfices supposés de la bourse et les coûts sociaux réels pour montrer un bilan peu reluisant.

Définition

C'est l'institution qui permet la rencontre des capacités de financement des uns et des besoins fées autres.

La bourse finance les entreprises.

C'est plutôt l'inverse en ce moment, ce qui sort des entreprises vers les investisseurs est plus important que l'inverse : dividendes et buy-back (rachat des actions par l'entreprise).

La rentabilité force à abandonner bon nombre de projets. La contribution nette des marchés d'actions au financement de l'économie est devenue négative (nulle en France, très négative aux E-U.

Et ou va l'argent.

Les masses financières sur les bourses ne cessent de croître. En fait elles ne vont pas sur de nouvelles actions mais sur l'activité spéculative des marchés secondaires (marché de l'occasion d'actions). Cela ne va donc pas aux projets nouveaux mais à l'inflation des actifs financiers. Le jeu de la spéculation est fermé sur lui-même.

On rappelle tout de même que la majorité écrasante de la production et de l'emploi est le fait de PME qui se passent de bourse.

Une contrainte actionnariale de plus : toute nouvelle émission d'action se traduit par une dilution et une baisse du dividende.

Actions ou obligations, quel coût pour l'entreprise ?

Actions (fonds propres) : dividendes, buy-back, et opportunité de projets non lancés. Difficile d'en tirer un taux. Capitaux non remboursables, les dividendes sont versés indéfiniment. Pouvoir en AG.

Obligations ou banque : la dette est remboursable. Mais les versements sont limités dans le temps.

On peut dire que les coûts des fonds propres suit une évolution croissante. Les dividendes représentent 3,2% du PIB en 1982, et 8,7% en 2007, (soit 271 % d'augmentation, rappel les salaires sont passés de 79% à 65%).

Quelle avantage pour la bourse ? Uniquement pour la capital financier et pas pour les entreprise, d'autant plus qu'elles trouvent leurs fonds propres directement chez elles (mécanisme du report à nouveau).

Start-up

La bourse mise sur 10 par exemple. Si 9 ne donne rien, elle se rattrape sur le 10 ème qui est une pépite.

Le banquier lui facture le même taux d'intérêt aux 10, et ne gagne que quelques pourcents sur la 10 ème. Et donc l'opération globale risuqe de ne pas être rentable.

Donc l'introduction en bourse a pour finalité essentielle d'enrichir à millions le créateurs d'entreprises et leurs « anges » accompagnateurs (et ce n'est pas pour le progrès technique). Mais n'est pas l'essence même du capitalisme!

Conclusion

Fermer la bourse n'est donc pas seulement la vertu de nous débarrasser de la nuisance actionnariale pour un coût économique des plus faibles, mais aussi le sens d'extirper l'idée de fortune-flash.